Nous n'héritons pas la Terre de nos parents, nous l'empruntons de nos enfants.   Proverbe amérindien
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Une coopérative d’habitants à la Duchère

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Une coopérative d’habitants à la Duchère - L'AG 2008

HGD : AG mars 08

Rapport moral

 

C’est avec une certaine émotion que je vous remercie d’être présents et que j’ouvre cette première assemblée générale ordinaire de l’association Habitat Groupé Duchère.

 

Si je ressens de l’émotion, c’est que j’ai vécu le début de la rénovation urbaine dans notre quartier avec beaucoup de colère. Et qu’il y avait de la colère parce qu’il me semblait que nous n’avions aucune prise sur les événements. Maintenant, nous agissons et nous espérons amener beaucoup de duchérois dans cette dynamique de projet.

 

Je vous dresse un rapide historique de l’association :

J’ai eu la chance de rencontrer Florence d’abord. Et puis Marie-Jeanne, que je connaissais depuis plusieurs années, était partante pour ce projet d’habitat alternatif, plus convivial, plus écologique, différent. Mais on ne voyait pas trop comment faire.

Ensuite il y a eu la rencontre avec Anne Françoise Gay, avec qui nous avons monté le « Collectif pour l’habitat groupé », qui s’est réuni dans ces locaux pendant plusieurs mois. Cela nous a permis de nous trouver : Colette et J Paul, Nicole, Christian. Nous sommes devenus le « groupe projet Duchère ». (Seuls Christian et moi sommes duchérois, mais Nicole habite tout près et vit de fait ici).

 

Dans la même période, le Collectif a rencontré l’association Habicoop. Alors il nous a paru évident que c’était bien cela que nous recherchions : former une coopérative d’habitants.

Nous avons choisi de nous constituer en association, afin de poser un cadre à notre action, d’être rigoureux dans notre fonctionnement. Mais nous voici doté d’un nom qui ne nous convient plus vraiment, car Habitat Groupé Duchère n’exprime rien de la dimension coopérative du projet. Et c’est pourquoi nous chercherons ensemble tout-à-l’heure un nom plus juste.

 

Nous avons pu, par la caution que nous donne Habicoop, construire une relation de partenariat avec le GPV, représenté par monsieur Couturier, et avec les élus, dont messieurs Lévêque (ville de Lyon) et Bochard (9° arrondissement).

Et puis l’été dernier, nous avons osé écrire le projet d’écoquartier, parce qu’il aurait été vraiment trop dommage de ne pas le faire ! On ne remerciera jamais assez monsieur Couturier d’avoir accepté de présenter ce projet à messieurs Margueritte et Paris (respectivement urbaniste et architecte) puis au Grand Lyon. Maintenant, ce projet est dans les mains du GPV.

 

Quelles sont les valeurs fondatrices de notre projet ?

On peut les classer en deux familles : celles qui valorisent la Terre et celles qui valorisent l’Homme.

Celles qui valorisent la Terre en tant que Mère nourricière, parce que les diverses pollutions reconnues de l’air, de l’eau, de la nourriture causent des maladies, des souffrances. S’engager à minimiser notre empreinte écologique, c’est s’engager à polluer le moins possible, à ne pas gaspiller les ressources naturelles, à garantir un avenir supportable à la génération suivante. Pour cela, il nous faut remettre du lien entre la population et les cycles naturels par des activités de jardinage et par la proximité des producteurs : toute plante qui sert à nous nourrir est le produit de plusieurs mois de croissance, et à demander des soins. D’autres produits dits « courants » sont l’aboutissement de cycle long, le fromage par exemple : il y a le temps du veau et de la vache, qui doivent être nourris, celui de la traite du lait, puis de la transformation en fromage.

Quand tout s’achète et qu’on ne regarde plus que l’étiquette du prix, alors nous oublions cela et les producteurs eux-mêmes ne respectent plus les cycles naturels ni les matières premières : ils répondent à notre demande de consommation à faible coût, au détriment de notre santé, et parfois de la leur, ou de celle

C’est bien nous, les consommateurs, qui avons le pouvoir de modifier notre demande. Même si les produits bio sont plus chers, parce que plus longs à produire en respectant les cycles naturels, au final, si modifier nos consommations nous permet d’être en bonne santé et d’avoir moins de dépense de santé, alors nous sommes gagnants.

Cette réflexion porte sur tous les gestes quotidiens : les énergies, le bâti, les modes de déplacement, l’hygiène et les produits ménagers : on sait maintenant que les molécules de synthèse s’accumulent dans le corps et qu’à la naissance, maintenant, les bébés en ont déjà dans le sang.

 

On ne peut donc parler d’écologie sans parler de l’Homme, dans son ambivalence de maître et d’esclave. Les mots sont forts, mais c’est ceux qui me viennent. Lorsque nous sommes soumis aux messages publicitaires nous devenons des consommateurs-esclaves inconscients. Les jeunes en particulier sont soumis à ces normes : vêtements et chaussures « de marque », coca-cola et hamburger, voiture etc Mais les adultes aussi, avec d’autres consommations !

Nous participons ainsi à l’exploitation d’autres populations. Combien de vêtements sont produits par des multinationales qui promènent leurs usines de pays en pays, là où la population est la plus exploitable ? Combien d’objets sur nos marchés « pas chers », produits dans des ateliers, où des immigrés sont soumis à des conditions de travail proches de l’esclavage (surtout quand ils doivent rembourser le prix du voyage, ou quand ils n’ont pas de papiers autorisant au séjour).

Combien de buveurs de Coca-cola savent que cette multinationale a asséché des régions de l’Inde pour produire cette boisson, conduisant à la misère des populations rurales privées d’eau pour cultiver ? Et que des leaders indiens nous demandent de ne plus consommer cette boisson ?

Combien de mangeurs de viande ne veulent pas savoir dans quelles conditions sont élevées les animaux, causant la destruction de forêts reconverties en champs de soja (parfois génétiquement modifié) ou en prairies, pour satisfaire leur demande de viande quotidienne ? Et que cela a des répercutions sur le climat, qui nous amènent tempête et canicule ?

Dans ce type de consommation, par la demande que nous exprimons, nous devons « les maîtres » d’esclaves lointains !

Alors dans notre projet, nous voulons vivre bien en essayant de n’exploiter personne, ni proche ni lointain. Et de n’être les esclaves de personne.

 

Notre projet vise donc à instaurer du « mieux vivre avec moins d’argent », avec le souci d’améliorer la situation des enfants ( ceux dont les parents travaillent et qui se retrouvent seuls au retour de l’école, d’autres adultes pourront s’occuper d’eux dans les locaux communs), améliorer la situation des adultes ( ceux qui travaillent et mènent une vie stressante pourront compter sur l’aide des voisins ; ceux qui ne travaillent pas pourront plus contribuer à la vie de la coopérative), améliorer la situation des personnes âgées ( qui pourront être utiles à la coopérative et qui pourront bénéficier de l’aide des voisins en cas de besoin).

 

L’une des difficultés de ce projet, ce sera d’instaurer une dynamique de respect de l’environnement et de l’Homme, cadré par la charte d’Habicoop, en respectant la vie privée des familles : en effet nous n’en sommes pas tous au même point dans cette prise de conscience et dans la cohérence entre ce que nous savons et les actes que nos posons. L’essentiel est de s’engager sur le même chemin, avec la même intention.

 

Et en aucun cas nous ne voulons vivre replier dans notre coopérative. Au contraire, nous participerons pleinement à la vie associative du quartier.

Ainsi nous attachons une grande importance à la vie culturelle. Pas une culture élitiste, mais l’expression des talents des habitants, des richesses culturelles de ce quartier populaire généralement méconnues et qui apparaissent lorsqu’un centre social ou une association d’habitants organise une exposition.

 

Nous espérons ultérieurement participer à la création d’une université populaire et à la création d’un média alternatif dans ce quartier, afin d’en renforcer la vitalité et l’identité. Contre l’idée si souvent proclamée de « ghetto », nous disons qu’être attaché à son quartier, cela est constitutif de l’identité, au même titre qu’être attaché à son village d’origine.

Créer des coopératives avec les duchérois, c’est construire un projet de vie avec les habitants, parce qu’une coopérative, « c’est plus que du logement », c’est aussi l’opportunité de mettre des idées en pratique, d’unifier luttes écologiques et luttes sociales.

 

 

Maintenant, notre association compte une vingtaine d’adhérents. C’est une bonne progression. Mais seulement 7 sont des habitants de la Duchère. Et la population immigrée n’est pas représentée. Il y a à cela plusieurs raisons :

  • nous fonctionnons beaucoup avec des écrits, et avec internet. Ce qui exclut les personnes qui sont plus dans la communication orale ;

  • les habitants les plus pauvres vivent au présent et se projettent difficilement dans un temps long (la réalisation de notre projet, c’est pour 2010-2012 ?) ;

  • nous travaillons le jour et sommes disponibles le soir, pour les réunions. Certaines personnes s’intéressent à notre projet mais se lèvent à 4h du matin et donc se couchent tôt, ou travaillent la nuit, ou le mari travaille la nuit alors la femme reste avec les enfants, parfois ce sont les enfants de personnes qui travaillent tard le soir ou la nuit qui sont gardés et retiennent la personne chez elle ;

  • Et puis nous élaborons un projet innovant, difficile à imaginer. Nous le construisons, ce n’est pas quelque chose que nous demandons et qui nous sera donné « prêt à l’emploi » ;

  • Et enfin, il y a parfois dans le regard des habitants une grande interrogation : « C’est un beau projet, mais est-ce que c’est pour moi ? »

Nous soumettons donc ces difficultés à votre réflexion afin de trouver des solutions.

 

 

Alors comment l’association va-t-elle continuer ? Pour le moment, quatre axes de travail se dessinent :

- au sein de l’association, nous allons faire le point sur nos capacités financières et sur la typologie des logements. Ce qui permettra d’avoir une première idée des emprunts à faire et de la contribution des bailleurs sociaux. Puis nous commencerons l’étude architecturale pour concrétiser le projet. Tout en sachant que le groupe évoluera encore: certaines personnes en partiront, d’autres nous rejoindront. C’est normal, tous les groupes que nous connaissons ont connu cela avant de se stabiliser. Adhérer à notre association, comme pour toute association, c’est un engagement à l’année et la cotisation est de 8 euros pour une personne, 12 euros pour un couple ;

- avec Habicoop nous continuerons à nous former, et à rencontrer d’autres groupes qui mènent le même type de projet ailleurs ;

- à la Duchère, nous continuerons à organiser des événements, comme une soirée à cinéduchère. Ou des visites à des habitats groupés existants. Ou peut-être inviterons-nous une personnalité. Pour que des non-duchérois et des duchérois réfléchissent ensemble.

- Nous envisageons aussi de déposer en fin d’année un projet pour une action « Théâtre forum », cette forme de théâtre qui fait participer les gens. Cela nous semble une étape nécessaire pour faire entrer la population dans une démarche participative de coopérative. Ce serait un travail sur trois années. Nous avons établi un premier contact, cela ne suffit pas : il faudra un budget ! Mais nous espérons qu’avec le GPV nous trouverons les moyens nécessaires.

Comme vous le voyez, il y a à faire ! Selon nos compétences et nos talents, chacun d’entre nous peut participer à ce projet, et trouver sa place. C’est cela l’esprit coopératif, et nous veillons à le mettre en œuvre dès maintenant.

Je vous remercie de votre attention et je soumets ce rapport moral à votre approbation.

Colette Balandin (présidente de l’association)

Lundi 31 mars 2008

 A télécharger également au format PPT (3,7 Mo)


Date de création : 06/08/2008 @ 12:53
Dernière modification : 07/08/2008 @ 11:21
Catégorie : Une coopérative d’habitants à la Duchère
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